[Verse 1]
Il courait, il courait dans la montagne,
Entre les pierres chaudes et le vent,
Il courait comme courent les campagnes
Quand l’été leur donne ses serpents d’argent.
Les figuiers penchaient leur tête lourde
Sur les chemins que personne ne trace,
Le monde entier tenait dans cette bourde
D’un garçon croyant posséder l’espace.
Il grimpait les crêtes à l’aurore,
Buvait l’eau froide au creux des pierres plates,
Et la montagne lui donnait encore
Ce qu’aucune ville ne rachète.

[Chorus]
Le garçon qui courait dans la montagne
N’a pas vieilli — il court toujours quelque part,
Dans les plis secrets de ma mémoire il gagne
Les sommets que l’âge met à l’écart.
Quand le monde pèse et que la nuit s’allonge,
Je l’entends dans l’herbe, je le vois dans le vent —
Ce garçon que j’étais n’est pas un songe,
C’est la part de moi qui ne ment pas au temps.

[Verse 2]
Il ne savait pas encore les silences
Que les hommes apprennent à porter,
Il ignorait les noms de ses souffrances
Et croyait que tout pouvait se réparer.
Les hirondelles lui servaient de boussole,
Les collines de murs et de frontières,
Et sa joie était de ces joies frivoles
Qui ne demandent rien à la lumière.

[Bridge]
Cette nuit, dans le café qui ferme,
Je t’ai vu traverser ma tasse vide,
Tu courais encore — infirme
De cette grâce que le temps liquide.
Je ne t’ai pas rappelé.
Tu n’avais pas besoin de moi.
C’est moi qui avais besoin
De te voir courir encore une fois.

[Chorus]
Le garçon qui courait dans la montagne
Vit dans chaque geste que je fais bien,
Dans ma façon d’aimer ce qui accompagne
Et de tenir ferme à ce qui ne tient rien.
Il est la boussole et la lumière première,
Le seul cap que le temps n’ait pas volé —
Le garçon qui courait dans la montagne
M’apprend encore comment rester debout.

[Outro]
Il courait.
Il courait.
Entre les pierres et le ciel.
Il ne savait pas encore
Que ce chemin-là
Était le plus beau de sa vie.