[Verse 1]
Barbès à trois heures du matin,
Les néons saignent sur le bitume,
Barbès à trois heures du matin,
Et la ville qui se consume.
Les lampadaires font leur veille
Sur des trottoirs que personne ne réclame,
Un homme marche — il appareille
Vers un port que lui seul proclame.
Une vieille au bord de sa fenêtre
Attend quelqu’un qui ne viendra pas,
Ou peut-être qu’elle regarde naître
Ce silence qui lui appartient, là.
Un chat traverse sans se presser,
Comme traversent les sages et les saints,
Avec cette grâce des délaissés
Qui ont appris à marcher sans destin.

[Chorus]
Barbès à trois heures du matin,
Ce n’est pas une ville qui sommeille,
C’est une ville qui tient sa peine
Contre elle, doucement, comme une merveille.
Il y a des prières dans les murs,
Des espoirs cousus dans les stores baissés,
Des vies entières dans les parures
De ceux que le jour n’a pas daigné peser.
Barbès à trois heures du matin,
M’apprend ce que les livres taisent —
Que l’humanité tient à peu de choses,
À une lumière, à une main qui apaise.

[Verse 2]
Un jeune homme court sans regarder,
Fuit-il quelque chose ou court-il vers ?
Dans les deux cas il porte un fardeau
Que la nuit connaît mais ne révèle.
Une femme sort d’un immeuble gris,
Elle a le visage des longues nuits debout,
Ses mains racontent ce que la vie a pris,
Ses yeux gardent ce qu’elle a tenu partout.
Je les regarde et je me reconnais,
Dans ce courage ordinaire et têtu,
De ceux qui avancent sans qu’on les connaisse,
Et qui tiennent debout sans avoir tout su.

[Bridge]
À trois heures du matin, Barbès efface
Les frontières que le jour remet en place,
Nous ne sommes plus nos adresses,
Nos papiers, nos peurs, nos tristesses.
Nous ne sommes plus que des êtres qui veillent
Dans la même obscurité qui nous accueille,
Frères sans le savoir, frères quand même,
Réunis par la nuit comme par un poème.

[Chorus]
Barbès à trois heures du matin,
Je te dois une part de ce que je suis,
Cette fraternité sans origine ni fin
Que tu m’as donnée dans le noir de tes nuits.
Il y a des cathédrales sans pierre ni croix,
Des lieux saints que nulle carte ne nomme,
Barbès à trois heures est de ceux-là —
Un endroit où l’on redevient homme.
Barbès à trois heures du matin,
Accepte sans juger ce que je suis quand personne ne regarde,
Et pose sur mes nuits sa main —
Cette main douce et sombre qui me garde.

[Outro]
Trois heures du matin.
Barbès qui respire.
Un homme debout
Dans le silence.
Il n’est plus seul.
Il ne l’a jamais été.