[Verse 1]
La voix de mon père est dans mes mains,
Dans ma façon de tenir les choses,
Dans ce silence que je fais mien
Quand les mots ne suffisent plus à grand-chose.
Mon père ne parlait pas beaucoup,
Les hommes de sa génération
Avaient appris que les mots coûtent
Plus cher que leur réputation.
Il nous donnait autre chose —
Ses mains sur une table de bois,
Ses yeux posés sur la route
Comme on pose une prière, sans voix.
Il se levait avant le soleil,
Pas pour qu’on le voie se lever,
Mais parce que c’était son conseil
À lui-même — ne jamais flancher.

[Chorus]
La voix de mon père ne criait pas,
Elle tenait debout dans le vent,
Elle disait les choses d’ici-bas
Sans jamais demander le devant.
La voix de mon père est dans ma bouche
Quand je retiens ce que je veux crier,
Quand quelque chose en moi se couche
Pour laisser l’autre se redresser.
Il ne me l’a pas enseigné —
Il me l’a montré, jour après jour,
Avec cette façon qu’il avait de plier
Sans jamais rompre sous le poids des jours.

[Verse 2]
Je n’ai pas toujours compris cet homme,
Sa patience me semblait résignation,
Son silence une façon de sommer
Le monde de trouver une autre solution.
Mais c’est bien plus tard que j’ai vu,
Dans le miroir d’un matin ordinaire,
Que ses gestes étaient revenus
Habiter mes mains sans me le faire savoir.
Cette façon de tenir une tasse,
De regarder la pluie sans se plaindre,
De laisser le temps faire sa place
Sans chercher à le retenir ni le ceindre.

[Bridge]
Je ne t’ai pas dit ce que tu méritais,
Père —
Ces mots qu’on garde pour plus tard
Et dont plus tard ne revient jamais.
Je ne t’ai pas dit que ta façon d’être debout
M’a appris à tenir quand tout penche,
Que ton silence valait tous les discours,
Que ta vie était une leçon sans manche.
Alors je te le dis ce soir,
Dans ce café qui ferme,
À cette heure où la mémoire
Reprend ses droits et les affirme —
Merci, père.
Simplement.
Merci.

[Chorus]
La voix de mon père vit dans ma voix,
Dans chaque mot que je retiens,
Dans chaque instant où je fais le choix
De tenir plutôt que de lâcher ma main.
Il n’est plus là — et pourtant il est là,
Dans ce que je suis quand personne ne regarde,
Dans cette lumière qui ne s’éteint pas
Et que les années n’ont pas su prendre en garde.
La voix de mon père est ma boussole,
Mon cap dans les nuits sans étoile,
Ce murmure doux qui me console
Et dit — ça tient, ça tiendra, ça vaut.

[Outro]
La voix de mon père.
Elle n’a jamais été très haute.
Mais elle a traversé
Tout le silence.
Jusqu’à moi.
Et elle est encore là.
Ce soir.
Dans ce café.
À l’aube.
Elle est encore là.