[Verse 1]
Le train pour Paris partait à six heures,
Mon père portait ma valise sans rien dire,
Et dans ce silence il y avait nos peurs,
Tout ce qu’on n’apprend pas à se dire.
La gare sentait le diesel et l’hiver,
Ces odeurs-là qui collent aux séparations,
Mon père avançait les yeux à découvert
Sur le quai gris de notre dernière saison.
Il n’a pas dit prends soin de toi, mon fils,
Il n’a pas dit reviens quand tu peux,
Les hommes de sa trempe et de son gris
N’ont jamais appris à parler d’eux.
Il a posé ma valise sur le marchepied,
Il a regardé le rail comme on regarde la mer,
Puis il a levé la main — rien qu’un doigt plié —
Et le train a commencé son affaire.
[Chorus]
Le train pour Paris s’éloignait dans la plaine,
Les montagnes reculaient comme des témoins gênés,
Et moi je regardais ma vie prendre la peine
De partir sans savoir qu’elle ne reviendrait jamais.
Je croyais partir quelques années, peut-être,
Je croyais que la montagne m’attendrait,
Je croyais qu’on peut s’en aller et renaître
Sans perdre en chemin ce qu’on ne remplace jamais.
[Verse 2]
Les villages défilaient comme des excuses,
Les oliviers comptaient nos kilomètres perdus,
Dans le compartiment une enfant dessinait des fusées
Sur la buée d’une vitre que personne n’a lue.
Je comptais les ponts pour ne pas penser,
Les tunnels noirs pour ne pas voir,
Mais dans chaque reflet de la fenêtre glacée
C’était le quai qui revenait me voir.
Cette main levée — juste une main levée —
Pas un adieu, pas une larme, pas un mot,
Seulement cette façon qu’il avait de tenir debout
Quand tout en lui demandait de tomber.
[Bridge]
C’est bien plus tard que j’ai compris
Ce que voulait dire ce silence,
Ce n’était pas de l’indifférence —
C’était toute sa fierté qui souffrait.
Un père qui regarde partir son fils
Ne pleure pas devant lui.
Il attend.
Il attend que le train disparaisse.
Alors seulement.
Il rentre.
[Chorus]
Le train pour Paris s’éloignait dans la plaine,
Et mon père rapetissait sur le quai de pierre,
Il est devenu un point, puis rien — juste la peine
De n’avoir pas su lui dire ce qu’il méritait d’entendre.
Je porte encore ce quai comme on porte une dette,
Cette main levée comme on porte un drapeau,
Et dans les nuits où Paris me semble trop honnête
Je revois mon père debout dans le froid.
[Outro]
Le train pour Paris.
Mon père sur le quai.
Une main levée.
Juste une main levée.
Et toute une vie
Qui commençait
Sans lui.