Une halte dans un café parisien devient le point de départ d’un voyage intérieur où souvenirs, rencontres et émotions se mêlent dans une atmosphère chaleureuse.
LE DERNIER CAFÉ
[Intro]
[Verse 1]
Il pleuvait sur le boulevard comme il pleut sur les fins de règne,
Sur les amours qu’on n’a pas dites et les silences qui saignent,
Les néons faisaient semblant de vivre au-dessus du métro aérien,
Et Barbès regardait passer les hommes sans leur demander d’où ils viennent.
J’avais cette fatigue des gens qui ont trop longtemps fait bonne figure,
Cette lassitude douce-amère des existences sans couture,
J’ai poussé une porte au hasard — ou peut-être pas au hasard —
Comme on entre dans une église quand on ne croit plus très tard.
[Chorus]
Le dernier café avant l’aube, le dernier avant le jour,
C’est celui où la mémoire reprend tous ses droits sur l’amour,
Où les morts s’assoient en face et commandent sans qu’on les invite,
Où l’enfance revient en courant sur des chemins que le temps n’habite.
Le dernier café avant l’aube — j’y suis entré pour me chauffer,
J’en suis sorti avec ma vie entière posée sur le comptoir du café.
[Verse 2]
Le patron avait cet art des hommes qui ont tout vu sans rien garder,
Il posait les tasses comme on pose des pierres sur une tombe aimée,
Avec ce geste lent et juste des gens qui respectent les blessures
Et qui savent qu’un café chaud vaut parfois mieux qu’une écriture.
Le silence s’est installé — ce silence-là qui n’est pas vide,
Celui qui arrive quand la nuit devient enfin lucide,
Et dans la buée de la vitre où Barbès tremblait en pointillés,
Toute ma vie s’est mise debout pour me regarder en face.
[Bridge]
Il y avait l’enfant qui courait entre les pierres et le vent,
Le père sur le quai de gare avec sa tristesse d’évidence,
Il y avait cette femme aux yeux de novembre et de patience,
Les amis disparus qui marchent encore dans mon sang.
Il y avait Barbès à trois heures, cette fraternité sans nom,
Et ceux qui restent debout quand tout le reste abandonne.
Ils étaient tous là.
Dans ma tasse.
Dans la pluie.
Dans le néon.
[Chorus]
Le dernier café avant l’aube, le dernier avant le jour,
M’a rendu tout ce que j’avais perdu au fil des détours,
Les visages, les voix, les gestes, les saisons effacées,
Tout ce qui fait un homme quand il consent enfin à se laisser traverser.
Le dernier café avant l’aube — j’y suis entré pour rien,
J’en suis sorti avec ma vie entière serrée dans mes deux mains.
[Outro]
La pluie sur Barbès ce soir-là.
Les néons dans le brouillard.
Je croyais entrer dans un café.
J’entrais dans ma vie.
J’entrais dans ma vie.